Eure Inter - 27 août 1998

Philadelphie adopte Flavie

L'ESPOIR VENU DES USA

Un séjour ô combien fructueux. A Philadelphie, les parents de Flavie - née lésée cérébrale - ont reçu l'agrément des spécialistes de l'institut Doman...

Flavie est une petite fille sage ; coquette également. Outre-Atlantique, elle n'a pas succombé au pop-corn, hamburger et autres spécialités "culinaires" estampillées US, soucieuse de garder la ligne et préserver ses acquis.
« En six mois de travail, Flavie s'est développée neuf fois plus que lors des deux premières années ! » confesse Gilles Doye au retour de Philadelphie, terre de liberté et d'indépendance. Le symbole est fort, d'autant plus fort qu'il récompense des jours et des mois de travail, offre un surplus de motivation à Gilles et Pascal qui, depuis août 1997, entreprennent sans relâche le (difficile) combat de la "renaissance"...

UNE JOURNEE POUR FAIRE SES «PREUVES»...

Flash-back ! En 97, Gilles Doye et Pascale Blin refusent la solution de facilité qui consiste à confier leur enfant à un centre "spécialisé" où l'on ne voudrait même pas placer son pire ennemi (sic).
S'érige alors, dans le "home sweet home" de Garel, une grande chaîne de solidarité dont les maillons ont pour nom amour, obstination et dévouement ; chaque jour, fidèle aux préceptes du professeur Glenn Doman, les parents de Flavie et des dizaines de bénévoles s'activent à stimuler la petite fille aux yeux bleus. De patternings en travaux d'éveil, les progrès sont manifestes et, chaque jour, raccourcissent un peu plus les distances entre Garel et Philadelphie... première oasis de cette longue traversée du désert.
« Mais pour prétendre au voyage aux Etats-Unis, il nous fallait arguer d'un programme de qualité et d'un parfait respect des séances de patterninq ! » évoque Gilles Doye qui, fin juin, apprend la bonne nouvelle et reçoit le précieux sésame : « Votre fille est admise à Philadelphie ! »
Branle-bas de combat à Garel ! Dans l'urgence, Gilles et Pascale bouclent leurs valises et dénichent quatre billets d'avion à la valeur inestimable, Cécile - la "nounou" fidèle - compostant également son visa ; mais il est encore trop tôt pour crier victoire...
« Sur place, l'équipe médicale devait juger si Flavie était lésée cérébrale ou non ! » Sous le regard scrutateur et aiguisé des "espions" américains, Flavie doit faire ses "preuves" ; en somme, réussir son examen de passage pour pouvoir être agréée par l'Institut. « Lors de la première journée, que nous appellerons journée d'évaluation, elle a subi toute une série de tests : mesures anthropologiques, réactions au bruit, étude des mouvements ! », "check-list" pointu mais indispensable pour mériter l'écoute des médecins en place.
« Leur mode de fonctionnement est très professionnel ; ils nous ont fait comprendre que le sujet était trop sérieux pour que quiconque puisse perdre du temps. C'était à nous de mériter leur aide ! » Elève appliquée et consciencieuse, Flavie honore la confiance de ses parents, se meut avec application dans une pièce "arc-en-ciel" : au siège de Institut, séjournent en effet des enfants colombien, mexicain, canadien, russe, japonais, australien et italien (*). Et en fin de journée tombe le verdict : « Après étude approfondie du comportementale l'enfant, les médecins nous ont annoncé la «bonne nouvelle» : votre fille est lésée cérébrale ! »
La confidence pourrait faire grincer des dents et heurter les bonnes consciences occidentales. Mais pour Gilles et Pascale, c'est le premier obstacle (de taille) qui s'estompe. « Pour nous, cela signifiait que Flavie était prise dans le programme intensif réservé, de par le monde, à 500 enfants ! » Soulagement et motivation décuplée...

LES PREMIERES LECTURES DE FLAVIE...

Reçue avec mention, Flavie doit désormais se plier au programme édicté par les sommités médicales de Philadelphie.
« En principe, on repart seuls pour travailler six mois. Mais à tout moment, nous pouvons contacter notre "tuteur" américain ! » A distance, il veillera au bon déroulement du programme et se tiendra informé des progrès de l'enfant qui précoce, a déjà obtenu le droit de réduire ses séances de patterninq : 15 par jour contre 24 au préalable. « En plaçant initialement la barre très haut, nous avons pris de l'avance ! » Mais ce "bonus" dans la croissance de l'enfant n'exonère pas ses parents et la vingtaine de bénévoles du moindre laisser-aller : à raison de dix heures par jour, ils vont devoir passer la vitesse supérieure puisque Flavie a décidé d'apprendre la lecture et de se familiariser avec la langue de Molière et de Cervantes.
« Manuellement, Flavie doit désormais s'astreindre à 60 descentes quotidiennes de toboggan et ramper sur 50 centimètres ; intellectuellement, elle va apprendre à déchiffrer les images et à distinguer, par exemple, un éléphant d'un poisson ! » Au tableau noir, vont ainsi défiler plusieurs représentants de la faune ; à charge pour Flavie d'apporter une réponse appropriée… d'un simple mouvement de la tête. « Flavie dispose d'un répertoire de 600 mots environ ; au bout de six mois, elle doit être capable de faire des phrases de deux mots et d'en "aligner" 130 ! » anticipe Pascale Blin, au risque de troubler le béotien basique...
« En fait, tout dépend de la qualité et de la motivation des parents pour aider l'enfant à s'en sortir ! » argue Gilles Doye en écho. « Personnellement, le séjour à Philadelphie nous a gonflés à bloc; c'est pourquoi nous voulons tendre vers l'excellence physique, physiologique et intellectuelle ! » Amour, dévouement, persévérance ; c'est ainsi que Flavie deviendra grande...

A. Guillard

(*) En Italie, le programme et le voyage aux Etats-Unis sont entièrement pris en charge par le ministère de la Santé.

Prochain séjour en février !

Grâce à l'association "Action Renaître" (700 adhérents aujourd'hui), Gilles, Pascale, Flavie et Cécile ont pu se rendre aux Etats-Unis ; sans bourse délier, le séjour s'élevant à 45 000 francs (voyage, prestation médicales, frais d'hébergement, de nourriture et d'interprète)...
« D'ores et déjà, l'association dispose des fonds nécessaires pour nous permettre d'y retourner ! » Sur l'agenda de Garel, figure une date cerclée de rouge : le 22 février. « Nous y resterons cinq jours, dont deux consacrés aux conférences. Mais si Flavie continue de progresser, nous sommes susceptibles d'y aller six fois en deux ans ! » En parallèle, "Action Renaître" va donc devoir redoubler d'imagination et d'esprit d'initiative pour recueillir les fonds nécessaires...

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